LIVRE EN VRAC : préambule
Déjà petit il se voit agacé de chagrins tiraillés. Combien de questions à lui, et pour lui seul. Des questions en suspend, des questions sans réponse.
Combien de situations où la balance met en pesée sur chaque côté deux énormités : amour ou violence, drogue ou réalité, sueur du front ou sueur des réflexions, maladie ou santé …
Combien de questions, enfant, a-il déjà à porter. Rien pour tenter une réponse ou du moins le cheminement en dessin, en parole ou en truc de gosses pour que ces questions deviennent des compagnons sur le chemin de sa réalité.
Mais la vie ne s’arrête pas, fi des questions et des réponses.
Aimer son père, mais la vinasse il déteste.
Aimer son père, mais ne sait le lui dire.
Voir sa mère et ne pas comprendre.
La vie de canapé, à palabrer il miroite. La sueur il ne peut.
Il se souvient, il se rappelle. Tout se remet en scène, comme au théâtre mais sans spectateur pour applaudir ou le conduire. Aucun adulte à guetter sur la frimousse son désarroi d’enfant divagant sur le terrain vague de sa survie.
Et la vie continue, comme un mille feuilles gouteux. Cette vie qui empile les vides sur des minces couches d’événements parfois si futiles. L’enfant grandit et se construit une âme difforme. Il marche sur des creux assurés, à peine bouchés, ni même consolidés.
Dans les creux se cachent souvent les bombes prêtes à exploser.
La guerre a eu lieu dans nos banlieues. Combien d’enfants déjà sur des vides naviguent, prêts à tomber d’un étage, de deux, jusqu’au fond parfois. A exploser au moindre pas.
Un peu comme s’ils savaient, ou devinaient. Subodoraient que la terre, sous leurs pieds, n’était souvent qu’une immensité de vides amassés, de bombes cachées.
Un peu comme s’ils savaient, lucidité innée, que seul marcher ils ne pouvaient, avec comme horizon de vastes explosions.
Le passage des mutilés ?