Il est midi, l’école finie
A peine entré la voix grondée
« Et le courrier ? »
Le père assis
L’enfant retourne avec la clé
A la boite au lettre du rez-de-chaussée
Ascenseur, peur, et voila le courrier.
Voix grondée …. « Alors qu’est ce que c’est ? »
L’enfant lit : « Régis des immobi.. liere »
« c’est encore le loyer »
Le loyer est illettré,
L’enfant mal vivre de tout lui lire
Le père méfiant qu’on puisse cacher
L’enfant ne le sait pas, mais il apprend, jour après jour, l’impuissance de l’autre. L’impuissance et la dépendance de son père démissionné pour le monde à déchiffrer.
Il apprend la révolte, derrière chaque voix grondée, d’un homme aux armes abandonnées.
L’été, tous les étés, l’enfant partait avec le père chez la grand-mère.
Au bord de la mère, dans une autre cité … au soleil.
Sur le chemin, le petit calvaire des panneaux.
Mille fois la route faite mais mille fois tout répéter.
Les changements, les modifications et le reste.
L’enfant stressé, assis devant devait être attentif.
Erreur et hurlement dans la voiture.
C’est dur à dix ans de dire
« papa tu t’es trompé »
quand l’engueulade est assurée
L’enfant ne sait et ne saisi pas.
Le soir, la coutume été de mise
A table, la télé toute barbouillée
d’émissions habituées
Le père à l’enfant demandait
« Qui at-il se soir sur le programme ? »
L’enfant obligé devait lire et expliquer.
Chaîne par chaîne racontée
Le père n’était jamais satisfais
Toujours un élément il manquait
Et l’enfant était souvent humilié.
L’enfant ne sait et ne saisi pas.
Dans le buffet les archives posées
Les loyers, les impôts, les factures
Bref les papiers importants
On dit posés. Y’a pas d’autre mot
On ne peut dire rangé
Car l’enfant ne sait pas classer
Le père ne veut laisser l’enfant toucher
Victime et uniquement victime ?
L’enfant ne sait-il vraiment pas ?
Le père n’est-il qu’un acteur manipulé ?
Sûrement pas, mais sous l’écrasante réalité
Abreuvé d’alcool à tomber
Illettré, harassé par la chaîne de l’usine
Coincé par la petite monnaies
Mais surtout, déraciné…
Parfois le soleil resplendissait dans la cité
Quand elle se rencontrait, la famille se racontait
L’ivresse des pays d’où ils venaient
La plage, la mer berceau de leurs âmes.
La flutte et le banjo rythment,
Au delà de la chanson, la profondeur du temps.
Le silence de l’esprit face à la mer qui les regarde et leur souffle en silence :
« Écoute le vent, sent, ne pense plus : soit simplement là ».
L’espace à l’infini, le sable chaud comme terre patrie, comme l’évidence d’une naissance
Connu ce silence, cet espace, connu ils ont.
Ils s’en souviennent car la racine là bas est plantée
Ici que la feuille n’a poussée.
La racine dans cet ailleurs qui n’est plus le leur,
Racine de l’arbre à l’ombre apaisante
A l’ombre nourricière
Dans un pays gorgé de lumière et de chaleur
Ici tout n’est que bruit, petit réduit
Plage de béton, vagues en carton.
Derrière les tours de la cité l’immeuble, l’autre a cité
Devant la tour de treize étages, deux carrés de gazon
Bien propres, bien tondus.
Victime et uniquement victime ?
Non.
Mais que sont ces hommes
Qui vêtus de leur ombre
Affronte une réalité qui ne se lit pas
Ne se déchiffre pas.
Une réalité plaquée sur des corps démantibulés
Une réalité de trop,
Trop différente de ce qu’il leur est impossible de redevenir.
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